LE LIVRE DE SABLE, par Luis Jorge BORGES
« Ce livre comporte treize nouvelles. Ce nombre est le fruit du hasard ou de la fatalité _ ici les deux mots sont strictement synonymes _ et n’a rien de
magique. »
Auteur argentin peu connu en Europe mais pourtant considéré comme une figure majeure de la littérature du XXe siècle, c’est sans très bien savoir sur quoi j’allais tomber que j’ai ouvert et
commencé à lire ce petit recueil de nouvelles. Aujourd’hui, je ne peux dire que je le regrette car lire les nouvelles de Borges, c’est vraiment se plonger dans l’inconnu et découvrir de nouvelles
perceptions du monde, découvrir de nouvelles sensations.
L’auteur utilise le quotidien, lui ajoute un brin de rêve, de songe et de fantastique et obtient une mixture que l’on connaît trop peu. Certaines de ses nouvelles sont plutôt difficiles à
appréhender mais dans le choix qu’il nous offre, il ne peut y en avoir aucune qui ne nous touche. Dans mon cas, je retiens deux de ces nouvelles qui m’ont particulièrement
plus :
· L’Autre : rêvassant sur un banc public, l’auteur qui est ici le narrateur rencontre l’autre, c’est-à-dire lui-même dans une projection dans le futur. La
discussion tourne d’abord dans un sens de joute verbale pour tenter de mettre à défaut l’autre et lui montrer qu’il n’est pas vraiment José Luis Borges. L’autre évite chacun de ces pièges et la
discussion se tourne alors vers d’autres centres d’intérêt comme la littérature. C’est en y repensant que le narrateur réalise de nombreux anachronismes dans la présentation de l’autre et arrive
à la conclusion d’un songe très réel.
· There
are more things : il est ici question d’une maison dont la légende rapporte qu’elle a été le lieu d’étranges phénomènes. Curieux, l’auteur tient à entrer dans cette maison puis, se
sentant un intrus et ne voulant attendre le retour de l’hôte, il décide de partir. C’est au moment de pose le pied sur l’escalier qu’il entend un bruit. La dernière phrase résume à merveille le
style de Borges : « La curiosité l’emporta sur la peur et je ne fermais point les yeux ».
Note Personnelle :
16 / 20
Vendredi 28 mars 2008
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par Lord Vega
publié dans :
Littérature
ENFANCE, ADOLESCENCE, JEUNESSE par Léon TOLSTOI

Au moment de lire ce livre, la question à laquelle je voulais avant tout répondre était la suivante : la
littérature de Tolstoï se résumait-elle uniquement à Anna Karénine et à Guerre et Paix qui sont
les seuls livres que tout à chacun connaît en général du grand auteur russe. La réponse fut sans appel : non, la littérature tolstoïenne est immensément plus large et mériterait d'être plus
largement connue car elle recèle de véritable trésors comme cet ouvrage, l'un des tout premiers écrits par l'homme de Saint-Pétersbourg.
L'ouvrage est composé de trois parties, Enfance, Adolescence, Jeunesse qui possèdent une réelle cohérence même si
l'auteur voulait initialement en rajouter une quatrième qui ne viendra jamais. Ces trois périodes passent en effet les moments les plus essentiels et les plus universels de la période qui nous
forge en tant qu'adulte, de la période où nous nous posons les grandes questions, de la période où l'on comprend que l'on aurait aimé ne pas grandir même si certains plaisirs nouveaux se
révèlent. Sans aucun doute, les pensées d'un jeune homme racontant sa jeunesse (le récit est proche de l'autobiographie) n'ont guère changée et j'ai personnellement retrouvé de nombreuses
pensées, de nombreux raisonnement passés sous la plume de l'écrivain russe.
Par ailleurs, pour ceux que cela pourrait intéresser (cela me passionne personnellement), on continue à découvrir la société russe du
XIXe siècle à travers le regard grandissant de l'enfant : les rapports villes / campagnes, les éltes bourgeoises que n'aiment pas le jeune garçon, les bals (que serait un roman de Tolstoï sans
bals !), l'université et le vie estudiantine qui n'a que très peu évoluée...
Mais au-delà du contenu de l'histoire qu'il faut absolument découvrir, c'est surtout par la qualité de l'écriture que le livre se remarque.
J'ai lu quelques critiques qui notait une "écriture encore héistante, l'écriture d'un auteur qui va s'affirmer mais qui ne tire pas encore de son talent tout son potentiel". Clairement, ce livre
a la valeur ajoutée de la spontanéité et on y découvre le vrai style Tolstoï, soit une écriture que nul n'a réussi à égaler dans la description des sentiments et des sensations... Ce petit livre
est sans nul doute un grand livre et c'est devenu mon livre de chevet inconditonnel aux côtés des Essais de Montaigne...
Note Personnelle : 19.5 / 20
Lundi 17 mars 2008
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par Lord Vega
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Littérature
LA CANTATRICE CHAUVE par E.Ionesco
Souvent présenté dans le cadre scolaire, Ionesco reste le dramaturge par excellence représentatif du théâtre de
l’absurde. On lui connaît en autre les pièces Rhinocéros ( un jeune homme refuse la conformité d’une société absurde où tout le monde devient un
rhinocéros ), ou La Leçon, Le Roi se meurt…. N’ayant pas lu toute son œuvre, je présente ici
La Cantatrice Chauve que je préfère à Rhinocéros.
La pièce se présente déjà comme une anti-pièce et au fil de la lecture, on comprend pourquoi cette dénomination. Les
personnages au nombre de six sont entraînés dans des dialogues sans logique, sans intérêt, sans argument, sans sens et à la fin sans réel locuteur. On retiendra parmi tant de répliques qui
resteront à la postérité, les premières phrases de Mme Smith qui soliloque sur scène : « Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au
lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l’eau anglaise. Nous avons bien mangé ce soir. C’est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que notre nom est
Smith ». L’ensemble de la pièce est construit de cette manière. L’écriture n’a point besoin de raison pour exister….
Le titre est complètement étranger à l’histoire qui se résume ainsi : les Martin, Mme et M sont invités chez M et
Mme Smith. La discussion ne parvient à démarrer et l’embarras monte amenant ainsi ces dialogues risibles. Au milieu de la pièce, intervient le pompier qui vient voir s’il n’y a pas « un
petit feu de cheminée » à éteindre. Encore une fois, les conversations s’imposent…. On retiendra un long dialogue afin de savoir si lorsque l’on frappe à la porte il y a quelqu’un ou si
quand il y a quelqu’un on frappe à la porte ( Socrate s’en retourne encore dans sa tombe ) ou encore la discussion des époux Martin qui pensent s’être déjà vu quelque part mais ne savent pas
où….
On rigole beaucoup surtout si l’on peut voir la pièce au théâtre mais au-delà de cela,
comme toujours, le plaisir n’est pas dénué de réflexion. Ionesco nous interroge ici sur la monotonie du langage, sur l’inintérêt de nos paroles, sur la bêtise de nos raisonnements. Il tourne au
ridicule des situations que nous avons tous vécu : un grand silence gênant et quelqu’un dans le groupe qui se dévoue pour lancer une phrase complètement plate…. La réflexion porte aussi sur
une société qui perd une identité, où nous devenons toutes et tous des marionnettes.
Sous sa forme amusante pièce de théâtre sans queue ni tête, Ionesco
bouscule les règles et réinvente une nouvelle forme du théâtre avec l’absurde. Moi j’aime beaucoup mais les traditionalistes, fervents défenseurs des règles d’unités ou de bienséance antique
n’apprécient pas toujours. A comparer au niveau artistique à de l’art abstrait : on n’accroche pas du tout ou on ne parvient à décrocher….
Note Personnelle :
16.5 / 20
Mardi 16 mai 2006
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par Lord Vega
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Littérature
METAPHYSIQUE DES TUBES par A.Nothomb

Présenté comme un roman ( ce qui permet à l'auteur de ne point se soucier de sembler crédible ), Métaphysique des tubes peut être classée comme une autobiographie sans l'ombre d'un doute. Elle-même durant une des interviews dont elle est friande, a déclaré qu'il s'agissait en effet de sa biographie. Mais c'est un écrit de vie bien particulier car il ne concerne que les trois premières années de sa vie. Une vie déjà mouvementée et ponctuée de traits d'esprits et de passages métaphysiques que l'on ne soupçonnerait pas à cet âge... Comme elle nous y a maintenant habitué, Amélie Nothomb manie toujours à merveille l'humour et la réflexion servie par un vocabulaire très simple mais si juste ( elle est diplomée en philologie et ses jeux de mots nous le prouve ).
La vision de cette petite enfance sert parfaitement les théories de Freud ou de Lande : le très jeune âge demeure extrêmement important pour la construction d'une personne. En restant immobile, n'ayant pas le pouvoir de la parole et n'ayant point encore découvert le plaisir, la très jeune fille est comparée à Dieu qui se suffit à lui-même et à une Plante ou un Tube, se contentant en effet à quelques fonctions essentielles ( déglutition, digestion, excrétion ). C'est avec le plaisir que naît vraiment l'enfant et c'est grâce à ce plaisir, en poursuivant un rêve épicuriste de découverte que grandit cet enfant. L'auteur nous apporte également une théorie déjà développée dans d'autres oeuvres sur l'importance des sens ( la madeleine de Proust n'est pas si loin.... ). A travers autant d'anecdotes drôles et entrapinantes, Amélie Nothomb nous entraîne dans sa vie palpitante et on en redemande !
Si le style est le bien le même, l'écrivaine nous offre ici une autre facette de son talent. Que l'on aime ou non la personne, il est indéniable que l'auteur de Stupeurs et Tremblements affirme encore un peu plus son statut de grand nom de la littérature contemporaine.
Thierry Gandillon dans L'Express résume d'ailleurs très bien le fond de l'oeuvre : " Amélie a trois ans, sa vie est un roman. Déjà. "
Note Personnelle : 16 / 20
Samedi 13 mai 2006
2
par Lord Vega
publié dans :
Littérature
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